15 août 2008
Si par une nuit d'hiver une voyageuse...
14 août 2008
patermater
05 août 2008
A propos d'aliens

Et là je vous épargne le retournement à 2 sous : l'autre, c'est nous, pulsions et cie.
Une autre fois quelque chose sur la folie dans le huis clos.
04 août 2008
Toutes les mères sont étrangères
Dans un livre de Nancy Huston, Corps et âme, dont plusieurs articles m'ont plutôt agacée, un passage très juste dans le texte intitulé "La pas trop proche". Celui-ci commence par cette très belle phrase :
"Toutes les mères sont étrangères."
et se conclut par ce passage :
"J'ouvre les yeux, regarde autour de moi et constate, étonnée, que toutes les mères sont étrangères. Je vois la distance qui se glisse, vite, entre elles et leurs enfants, oui, l'étrangeté qui s'instaure dès les débuts, la non-complicité, la non-coïncidence ; dans l'échange entre eux, je vois non seulement fusion tendresse caresse et lien, mais tout ce qui frotte et qui gratte, corrode et corrompt, je vois les sourires mais aussi les regards blessés et les mines déconfites, déçues, j'entends les roucoulements mais aussi les voix qui grincent d'impatience, celles qui se brisent d'énervement, celles qui se liquéfient en larmes, et je me dis qu'au fond la mère c'est cela partout, depuis toujours, la mère c'est cela exactement : notre première étrangère, la première rencontre avec la réalité de l'autre, incontournable : son altérité justement, sa pas-trop-de-proximité, sa différence d'avec soi...
Or sans différence il n'y a rien, ni haine ni amour: sans l'autre il n'y a pas même soi ; au moins mes mères exceptionnellement nombreuses et étrangères m'auront-elles appris cela: que l'important c'est d'être, d'une mère, non pas la chair mais la chère, et de pouvoir la chérir à son tour, pour la personne pas-moi qu'elle est."
Nancy Huston, Corps et âmes, Léméac-Actes Sud, Ottawa, 2004, p.40
Et il faut savoir voir cette discordance, que les mères ne sont pas, ne peuvent pas être qu'amour, accueil et patience, et prolongeant cette réflexion, je m'étonne que Nancy Huston conclue depuis le point de vue de l'enfant, et, de mère qu'elle est devenue - par quoi l'histoire de ses mères parties, présentes, choisies, s'achevait dans l'article - elle ne décrive pas plus la perception des mères, des parents en fait, devant cet être étrange qu'ils sont censés avoir créé, qui est censé être issu d'eux, qu'ils sont censé avoir formé. Celui-ci irréductiblement échappe ; ses désirs, ses besoins, ses demandes, excèdent souvent la capacité des parents de comprendre, d'y répondre, de les accueillir. Les parents restent étonnés devant le visage de leur bébé, désemparés devant des larmes ou des cris qui durent trop longtemps, le mystère de la source d'une douleur si grande, excédés ou épuisés face à des exigences qui ne cèdent pas, des listes de questions infinies, des goûts qu'ils ne partagent pas.
Dans les moments heureux, ils s'émerveillent peut-être d'un être si différent dont ils sont censés être les parents.
Les enfants ne sont pas des petits soi-même, ils ont leur rythme, leur physiologie, leur manière de réagir aux événements du monde qui n'est ni celle de leurs parents et encore moins celle qu'ils voudraient qu'elle soit. L'âge de la scolarisation, - mais en fait, dès que l'enfant est gardé par d'autres personnes, fréquente d'autres enfants -, constitue une étape supplémentaire, avec le constat surpris et plein de sentiments mêlés, entre jalousie et fierté, devant ce que l'enfant amène de l'extérieur : les mots nouveaux, et avant le langage : les expressions, gestes, mimiques, et après le langage : les goûts, les affirmations péremptoires, les histoires, les savoirs étranges et particulier. Dès petits, les enfants ne sont pas que de l'univers de leurs parents, déjà mixte, car si les parents élèvent à deux l'enfant, ils font déjà l'épreuve de ce qui va de soi selon chacun et ne le va pas selon l'autre.
Les enfants reçoivent savoirs, descriptions du monde, et par suite normes, valeurs, de tant d'autres que leurs parents. Non seulement les enfants ne sont pas des petits soi, mais ils ne sont pas faits que de ce que leurs parents leur donnent ! Ils ne sont pas façonnés que de ce que font leurs parents. Et ils ne manquent pas de leur faire savoir.
Ensuite, oui, plus tard, devenus adultes, et peut-être les parents ne s'en apercevront même pas, tant d'enfants reprendront de leurs parents normes de vie, manières de faire, goûts et valeurs, jusque dans l'éducation de leurs enfants. Pas sûr que ce constat soit toujours rassurant. On ne vient pas de nulle part. Qu'en fait-on ?
Mais pour l'instant, restons à cet étonnement : tous les enfants sont étrangers...
(to be continued...)
Edit : Quelques pères ici : http://delphsei.canalblog.com/archives/2007/12/28/7375408.html
et là : http://delphsei.canalblog.com/archives/2006/12/14/3428654.html
Je dois bien avoir d'autres dessins quelque part, je pourrais peut-être même en faire. Dessiner, dit-elle.
Allez, je remets même cette image, pour la place toujours donnée aux mères...
03 août 2008
Paroles de bibs
On retrouve le documentaire de Jocelyne Lemaire-Darnaud sur Michelin : Parole de Bibs (2001)
http://www.dailymotion.com/video/x17vps_paroles-de-bibs-15_politics
(L'enregistrement a un raté dans les 1ères minutes, ne pas s'y arrêter.)
La documentariste fait lire le bouquin de François Michelin à ses ouvriers et recueille leurs réactions, leur fait parler de leur travail, procédé simple mais efficace. Il s'avère que ceux qui interviennent sont pour la plupart syndicalistes, ce ne sont pas forcément les plus "écrasés" par le travail, il reste qu'on entend rarement des paroles d'ouvriers. La dureté du travail, mais aussi la fierté du travail, pour certains de l'appartenance à une "maison". Mais aussi la dureté de travail, des conditions de travail.
Aucun cadre n'a finalement accepté d'être intégré au documentaire.
Un travail pas sans parti pris, mais qui fait entendre beaucoup.
Intéressant aussi sur les risques au travail, le refus de Michelin d'une étude sur les risques liés aux produits chimiques manipulés par les ouvriers, les fumées qu'ils respirent, dont la justification est de ne pas révéler la composition de ses produits. Michelin est resté protégé aussi parce qu'il faisait vivre une région.
Surtout, une résistance dans le seul fait de pouvoir prendre la parole - descriptive, ironique, militante, lassée, combative. Ceux qui parlent ont des moyens, à la fois fragiles mais essentiels, pour se défendre. Quid de ceux qui se taisent ?
Un commentaire et des articles de journaux ici http://biosoc.univ-paris1.fr/actu/VidCin/film13.htm
02 août 2008
Et nous voudrions pouvoir tout faire...
Polypoiètès
Le mois d'août commence dans la mollesse... Pourtant j'ai d'autres textes dans les cartons, et des dessins au bout des lèvres.
01 août 2008
1850 : arrivée des bateaux à vapeur à Istanbul
Et bien sûr que c'est important, ça change la face du Bosphore...
27 juillet 2008
Cette timidité orgueilleuse
Qu'il est difficile de se mettre à un nouvel art : danser, chanter, dessiner, jouer d'un instrument, écrire !
Pour le dessin, il s'agit rarement d'un nouvel art. Qui n'a pas dessiné petit ? Mais beaucoup arrêtent, parce qu'il vient ce moment étrange qui voudrait que seuls ceux qui "dessinent bien" continuent de dessiner. Comme s'il fallait déjà "être bon" pour avoir le droit de faire. Quel paradoxe ! Et éternel débat pour savoir si l'art est don ou travail.
L'écart se creuse ensuite entre ceux qui dessinent légitimement (les admirer copiant les personnages de la dernière bande-dessinée à la mode, de la primaire au lycée - ou qui font de l'aart, avec force ombres et rehauts), qui dessinent, dessinent, et continuent de dessiner, et ceux qui se l'interdisent désormais, parce qu'ils ne sont "pas doués", c'est moche ce qu'ils font, ils n'y arrivent pas.
Alors que le dessin est comme le reste : il faut dessiner, dessiner, dessiner. S'y essayer, s'y atteler, s'y remettre encore. Assouplir le poignet, ajuster la vue, éprouver matériaux et supports, apprendre qu'il n'y a pas une manière de représenter les choses, découvrir les solutions trouvées par les prédécesseurs, artistes illustres ou camarade d'un jour (En cela, l'imitation n'est pas forcément à mépriser, car elle est exercice - on souhaite seulement que ne s'y cache pas trop manque d'audace - de confiance dans ses propres gestes et goûts - et de curiosité - qu'il n'y ait pas un seul imité norme unique de la manière dont les choses "doivent" se faire). Sans doute certains sont plus souples que d'autres, mais peut-être ont-ils aussi été admirés plus tôt, ce qui les a encouragé à poursuivre, donné confiance en soi, permis l'audace.
Négliger les jugements de mépris : ils ne visent qu'à empêcher de découvrir de nouvelles voies. Pourquoi s'empêcherait-on de faire quelque chose qu'on aime ? N'aurait-on le droit d'exercer un art que si l'on y excelle ?
Mais surtout, ne voit-on pas le vice logique à l'oeuvre ? Comment avoir un geste précis sans s'y être jamais exercé ? On voudrait être bon avant d'avoir commencé ?
La croyance en des élus désignés à leur naissance fait l'auto-empêchement castrateur, et la meute des petits loups enfantins aux dents dures n'est pas la dernière à faire rentrer dans le rang celui en qui elle n'aurait pas elle-même décelé les marques d'élection.
Il est vrai qu'il est frustrant de "ne pas y arriver", de ne voir sortir que du banal et de l'informe quand on espère la grâce.
Et cependant, il faut s'y mettre, avoir cette belle confiance sans preuve dont parle Alain : quand on s'y met et s'y exerce, le progrès vient ; on étend progressivement ses pouvoirs et le trait gagne en souplesse, en finesse, en justesse. Il n'en faut pas toujours beaucoup pour commencer à se faire plaisir...
Vaut pour tout art. J'aimerais retrouver ce passage d'Alain où il décrit celui qui ayant entendu une oeuvre pour piano, de Mozart peut-être, décide d'apprendre à en jouer, s'installe devant le clavier et s'épuise de déception de ne pouvoir effleurer la liberté et la hardiesse du jeu qu'il entendait, faisant se succéder des sons disjoints et désordonnés.
En attendant celui-ci, extrait des Propos sur l'éducation :
« Deux jugements faux dans tous nos essais. Nous
pensons d’abord que la chose est très facile ; et après un premier essai,
nous jugeons qu’elle est impossible. Ceux qui ont fait tourner un diabolo, jeu
oublié, savent ce que c’est qu’une tentative ridicule et sans aucune espérance.
Que dire du violon, du piano, du latin, de l’anglais ?
Le spectacle de ceux qui sont déjà avancés fortifie notre
courage, mais presque aussitôt le ruine par une comparaison qui écrase. C’est
pourquoi la curiosité, le premier élan, l’ardeur de tout commencement ne
promettent pas beaucoup aux yeux du maître ; il sait trop que ces
provisions seront promptement dévorées ; il attend même que le désespoir
et la maladresse soient en raison de la première ambition, car il faut que
toutes ces choses d’entrées soient enterrées et oubliées ; alors le travail
commence. C’est pourquoi, si l’on travaille sans maître, les essais prennent
fin juste au moment où le travail devrait commencer.
Le travail a des exigences étonnantes, et que l’on ne
comprend jamais assez. Il ne souffre point que l’esprit considère des fins
lointaines ; il veut toute l’attention. Le faucheur ne regarde pas au bout
du champ.
(…) Car le désir [le désir de bien faire] vise trop loin, et
gâte l’action présente en y mêlant celle qui suivra. Si exercé que soit le
pianiste, il aura toujours autant de déceptions que d’ambition. (…)
Je veux expliquer par là que la patience consiste à se passer de preuves ; et l’épreuve, en tout son sens, signifie cela. Aussi le mot des impatients est-il toujours qu’ils ne retiennent rien, qu’ils ne font pas de progrès, que tout est difficile. Ce tour d’esprit n’est pas méprisable ; j’y vois du sérieux, une sévérité pour soi-même, une noble idée de la perfection ; mais ce sont des vertus prématurées. Il faut surmonter cette timidité orgueilleuse. »
Alain, propos sur l’éducation, Paris, PUF, 1969, propos VI p.17
26 juillet 2008
Enlacements

Istanbul, 2008
Où voguent les pensées qui animent la main lors d'une intervention brouillonne ou peu audible !...
ps1 : pour mémoire, normalement, quand on clique sur un dessin ou une photo, il s'affiche en plus grand.
ps2 : bon, je sais, red Istanbul aligne un peu les clichés, on risque de ne prendre en photo que ce qu'on s'attend à voir (un peu vrai aussi pour Lisboà blue) - mais bon, pas seulement j'espère...






















